Raoul Duke, journaliste sportif "surdiplômé", et son avocat,
le docteur Gonzo, partent à Las Vegas pour couvrir un événement
sportif capital, une course d'endurance en moto dans le désert à
laquelle participent des centaines de pilotes. En réalité,
cette mission n'est qu'une excuse pour tester la résistance de l'enveloppe
humaine à l'usage et l'abus de toutes les drogues possibles et imaginables
dans une Amérique en déliquescence, ainsi que les possibilités
de ce pays en crise, en frappant son centre névralgique. Commence
alors un véritable trip, aussi bien à travers les drogues
qu'à travers l'inconscient américain et son hypocrisie.
Terry Gilliam filme ce voyage psychédélique intérieur
avec beaucoup de talent, comme un véritable trip de drogué
: hallucination, joie et délire, suivis de peurs, paniques et douleurs.
Si la montée est agréable et vertigineuse, la descente est,
quant à elle, lente et douloureuse. Mais ce qui fait la qualité
du film est aussi son défaut : à force de suivre Duke et
Gonzo dans leurs hallucinations, on finit soi-même par véritablement
"triper", et on est complètement désorientés, comme
shootés, à la fin de la projection. Quand le voyage de Duke
et Gonzo se termine, notre trip est terminé aussi, mais les marques
sont là, indélébiles : les drogues ont laissés
leur empreinte aussi bien sur eux que sur nous.
En ce qui concerne le casting et les performances des acteurs, FEAR
AND LOATHING IN LAS VEGAS est véritablement un tour de force. Johnny
Depp confirme, si besoin était, son statut de camaléon dans
le paysage cinématographique hollywoodien : sa performance est éblouissante,
sa gestuelle effrayante, sa diction parfaite. Mais le plus gros choc provient
du latino lover de USUAL SUSPECTS, Benicio Del Toro, qui, avec ses nombreux
kilos en plus, parvient à être tour à tour drôle
et véritablement effrayant. Et quand il redescent des sommets où
les drogues l'ont amené, on tripe mal, comme dirait un bon ami à
moi. Les rôles secondaires sont tout aussi jouissifs, surtout celui
de Gary Busey, mais il y a aussi Cameron Diaz, Ellen Barkin (méconnaissable),
Lyle Lovett et j'en passe. Les créations de Rob Bottin aident à
donner substances aux hallucinations des héros, et le travail des
décorateurs sur les destructions systématiques des chambres
d'hotels de nos deux tarés est impressionant.
En résumé, il est difficile de dire si l'on aime véritablement
ou pas le nouveau Terry Gilliam. Ce qu'on peut affirmer, cependant, c'est
qu'il a rempli le cahier des charges qu'il s'était fixé.
Et il a surtout réussi à nous faire partager, avec ce que
ça comporte d'agréable et de désagréable, le
voyage intérieur de Raoul Duke.
Est-ce vraiment utile?
Ils reviennent! Qui ça? Mel Gibson et Danny Glover, alias Martin
Riggs et Roger Murtaugh!!! Ne vous inquiétez pas Joe Pesci et Rene
Russo sont aussi de retour! Oui, l'arme fatale remet le couvert pour la
quatrième fois. Pourtant, ils avaient tous dit qu'il n'y aurait
pas de nouvel épisode, mais le dieu dollar en a décidé
autrement! C'est vrai, mettez vous à la place de ce pauvre producteur
: Joël Silver. Il vient d'enchaîner plusieurs bides d'affiler,
comme Fair game (une très bonne comédie avec Cindy Crawford...
sauf qu'à l'origine ce n'était pas une comédie!),
Assassins (tiens Richard Donner...), Fathers' day (no comment) et le succès
très moyen de Conspiracy Theory (encore Richard...). Alors ce brave
Joël a regardé le calendrier des sorties de l'été
98 et il s'est dit que par rapport à 97 et à 99 (Star Wars
1, Superman lives, Bad Boys 2, et Mission impossible 2...), il n'y avait
pas beaucoup de suites de prévues. Joël a donc appelé
son pote le réalisateur Richard Donner pour faire rapidement une
suite... mais laquelle? En regardant le box office de Joël Silver,
nous voyons que le plus gros succès de Silver et Donner est... L'arme
fatale 3! Il devient évident que la prochaine production de Silver
sera L'arme fatale 4. Il ne reste plus qu'à convaincre Mel Gibson
et avec 25 millions de dollars (plus un pourcentage sur les recettes estimé
à 15 millions), Silver a un argument de poids! Les autres suivront
sans trop de problèmes : Joe Pesci enchaîne bide sur bide
et Danny Glover a pratiquement disparu.... Au niveau de l'équipe
technique, on reprend les mêmes (c'est toujours Michael Kamen qui
fait la musique). Le tournage commence à Los Angeles, le 8 janvier.
L'arme fatale 4 doit sortir aux Etats Unis le 10 juillet prochain (cela
laisse très peu de temps pour le montage!). Alors quelles sont les
nouveautés de ce quatrième opus? La plus grosse surprise
est la présence d'une des plus grandes stars de Hong Kong : Jet
Lee! Il est surtout connu pour avoir interprété Wong Fei-Hung
dans les trois premiers épisodes de Once upon a time in China (réalisés
par le génial Tsui Hark) et aussi pour avoir joué le Black
mask. L'autre nouveau venu dans la série des Armes fatales est Chris
Rock, connu outre atlantique pour son Show télé. Pour l'instant,
c'est tout! Mais, espérons tout de même qu'il y aura d'autres
surprises, que le scénario ne sera pas cousu de fil blanc et que
ce nouvel épisode ne sera pas trop fatal pour le spectateur! Et
dire que Mel Gibson devait mourir à la fin du deuxième épisode...
GODZILLA
Vert de rage !
Soyons francs : Godzilla n'est pas aussi terrible que les échos ont bien voulu le laisser entendre. C'est vrai que c'est laid, filmé avec les pieds et aussi racoleur qu'un homme politique en campagne, mais dans ce gros gâchis, quelques petites pépites sont à sauver : un générique incroyable, un monstre parfait, une fin, ma foi, plutôt bien foutue, et une musique époustouflante (de David Arnold qui n'en finit pas de nous pondre des chefs-d'oeuvre). Au-delà de ces quelques éléments, c'est un sacré gâchis.
Inexistant, le scénario avait pourtant pour lui l'ambition de construire un huis clos urbain (entièrement situé à New York), dans une ambiance forte (la pluie, la boue et les buildings labyrinthiques). Mais, faute d'imagination, la bonne volonté tombe à plat : passée la première heure (plutôt réussie, avec une course poursuite labyrinthique dans New York, ville approximative et claustrophobique), le soufflet retombe et les bâillements font leur apparition. Bloqués au stade infantile, Roland Emmerich et Dean Devlin, les chiens fous du nouvel ordre mondial, s'enlisent dans un bourbier répétitif, lourdingue. Personnages exaspérants (mais bon sang, qui est cette stupide blondasse ?), ressorts scénaristiques outranciers, voire puérils (l'irruption téléphonée de bébés Godzilla), images détourées sous Photoshop, dialogues à deux francs... Surnageant dans tout ça, la figure magistrale de Jean Reno, en agent secret français «daredevil», qui force l'admiration de tous les protagonistes, qui absout la France de ses erreurs passées et qui provoque la consternation. Le voir lire l'Express, demander du café français ou déclamer, je cite de mémoire : «Je suis un patriote, j'aime mon pays, je me bats pour lui et je ferais tout pour le racheter aux yeux du monde», ça force le respect. Bilan des festivités : des éclats de rires involontaires et quelques bonnes foirades à raconter aux copains qui ne veulent pas aller voir le film.
Tout cela est donc parfaitement insupportable, totalement hors de propos. Croyant ressusciter les vieilles défroques du kitsch japonais, qu'Honda avait réussi à hisser vers la poésie, Emmerich et Devlin ne font que continuer leur entreprise de démolition. Le savoir-faire allumé mais l'imagination en veilleuse, ils esquissent un vague langage cinématographique basé sur le pipi-caca, les clichés et les ficelles à deux balles. C'est pathétique, triste aussi, de voir le résultat. A l'image de ce Godzilla épuisé, qui finit allumé à coups de missiles, et qui s'écrase dans la boue en attendant que son cœur s'arrête (la seule vraie grande scène du film, où le gros monstre s'impose comme le vrai pilier émotif de l'entreprise). C'est la mort d'un cinéma, mes enfants. A force de trop vouloir jouer aux cons, ils vont finir par flinguer les derniers mythes de notre imaginaire.
Y a t-il quelqu'un pour leur mettre une balle dans la tête ?
UGLY

C'est celui qui le dit qui l'est!
Scott Reynolds n'est vraiment pas un cinéaste modeste. Les plus
grands créateurs ne sont pas des gens modestes, nous sommes bien
d'accord.
Mais un cinéaste qui fait un très mauvais film (comme
c'est le cas ici), et qui nous hurle à chaque plan qu'il est en
train de faire un film-culte, avouez que c'est franchement insupportable.
UGLY est en ce sens une imposture absolue.
Simon est un dangereux serial killer psychopathe. Il est incarcéré dans un étrange hôpital-prison où évolue un personnel très bizarre. Geôliers cuir-vinyl-latex, docteur au sadisme raffiné et à la gueule tordue, patiente mi-clodo mi-foldingo. Tout cela dans un décor froid rouge et bleu (au passage, précisons que pour S. Reynolds, faire un film d'auteur intéressant, c'est songer d'abord à l'esthétique et aux couleurs, d'où la prédominance du rouge et du bleu tout au long du film), avec des couloirs et des portes. Une jolie psy rousse va venir psychanalyser Simon en vue de faire un rapport pour son procès. Cette psy pourrait postuler à un concours de sosies de Scully, l'enquêtrice de charme d'X-FILES. Cette coïncidence est d'ailleurs la bienvenue, puisque l'irrationnel est au rendez-vous. En effet, la psy va tomber sous le charme du psychopathe qui va peu à peu l'envoûter et la plonger dans ses délires violents.
La caméra virevolte autour des gorges tranchées, le sang noir bouillonne, des fantômes forcent Simon à tuer encore et encore.
Ce film n'a aucun sens. Ce film est inintéressant. Ce film est
laid. Ce film est prétentieux. Ce film se croit subversif et aligne
n'importe comment certains clichés de cette fin de siècle :
fascination béate pour le mal (pour cela, LE SILENCE DES AGNEAUX
et SEVEN sont mille fois plus intéressants), images violentes et
montage saccadé (Pour cela, David Lynch est passionnant), goût
pour les détraqués (encore Lynch...).
Et la morale de l'histoire nous informe qu'une maman névrosée
n'a pas intérêt à gronder son fiston si elle ne veut
pas qu'il devienne un dangereux psychopathe. Chapeau pour la finesse du
raisonnement !